Excédent céréalier : objectif prioritaire

Publié le par hibanos

 

M. Kossi Messan Ewovor, Ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche
L'agriculture togolaise se porte bien. L'excédent céréalier de 90.000 tonnes de céréales, dégagé par les paysans au cours de la campagne agricole 2009-2010 le confirme. Dans l'entretien qui suit, le Ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, M. Kossi Messan Ewovor, dresse le bilan de   la campagne agricole qui s'achève, évoque l'engagement de l'Etat aux côtés des groupements de producteurs et les différentes réformes entreprises pour la relance de la productivité. Le Ministre Ewovor salue également  l'intervention de certains organismes internationaux dans ce secteur, notamment le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO), pour faciliter l'écoulement des excédents céréaliers.

 

 

Monsieur le Ministre, quel bilan faites-vous de la campagne agricole 2009-2010 ?

La campagne s'est soldée par une forte amélioration de la production qui a dégagé des excédents que nous avons évalués au moment de la récolte à 90.000 tonnes de céréales, fondamentalement de maïs. Ce résultat n'est que la volonté du gouvernement d'accompagner les producteurs, de les appuyer sous de multiples formes notamment la question des engrais, des semences, des moyens de labour mais aussi d'un appui-accompagnement cohérent.

Tout ceci a été récapitulé dans le document de stratégie de relance de la production avec un plan d'action. Donc le résultat que nous donnons n'est pas le fruit du hasard mais le fruit d'une stratégie cohérente conduite ensemble avec les producteurs à la base. C'est un résultat qui confirme les performances moyennes que nous avions déjà obtenues au cours de la campagne 2008-2009 : période de démarrage du programme d'urgence qui s'est soldée autour de 35.000-40.000 tonnes de produits céréaliers ; ce qui nous permet de fonder un espoir dans la campagne 2010-2011.

Comment se fait la gestion des excédents de produits céréaliers ?

Les paysans eux-mêmes, se sont engagés à commercialiser les produits dans la mesure où la structure que nous avons mise en place pour gérer la commercialisation, notamment l'ANSAT avait donné une indication de prix à 18.000 F. Ce qui permet d'offrir une meilleure condition de valorisation aux producteurs. Cette année avec ces excédents, nous sommes rentrés en partenariat avec le Programme Alimentaire Mondiale (PAM) qui a aussi un principe de fonctionnement ; elle traite d'institution à Etat. Donc la négociation a été quelque peu longue, puis c'est la première opération que le PAM va réaliser chez nous. Et aujourd'hui, un contrat formel de 2000 tonnes a été signé avec l'ANSAT et 4.000 autres tonnes vont s'ajouter. Ce qui fait que globalement, il est attendu des achats au niveau du PAM à hauteur de 6.000 tonnes mais bien sûr à travers l'ANSAT. Pourquoi l'ANSAT ? Fondamentalement, c'est une relation établie entre les producteurs et les partenaires qui peuvent s'approprier une partie de l'excédent dans des conditions de meilleurs prix pour le bien des producteurs. Donc aujourd'hui, la question est engagée, il va avoir un fort impact sur cet excédent qui va fournir des revenus aux producteurs pour leur permettre de faire face aux crédits qu'ils ont contractés pour le compte de la campagne dernière et avoir des ressources pour mieux s'engager dans la campagne 2010-2011.

Monsieur le Ministre, nous sommes à l'orée d'une nouvelle campagne agricole, quelles dispositions avez-vous déjà prises pour pérenniser la croissance agricole ?

La volonté politique du Chef de l'Etat et du gouvernement est de faire en sorte que le Togo étant un  pays côtier, s'appuie fondamentalement sur son avantage comparatif et devienne un pays excédentaire en céréales. C'est pourquoi la stratégie qui avait été mise en place dans le cadre de la relance de la production est renouvelée cette année ; c'est-à-dire des engrais en quantité et en qualité, mis à la disposition des producteurs à temps. Ceci a été fait à travers les 30.000 tonnes d'engrais acquis, qui sont déjà en place dans les magasins sur l'ensemble du territoire à un prix défiant toute concurrence puisque le sac de 50kg est vendu à 10.000 F CFA et les magasins rapprochés des producteurs. Voilà une première condition qui est renouvelée une troisième année consécutive. Ceci signifie que nous sommes dans un cycle qui se stabilise.

Ensuite, il y a les semences. Nous avions l'année dernière à peine 300 tonnes de semences, cette année, dans les efforts de production, nous avons près de 800 tonnes de semences qui sont vendues à des prix subventionnés aux producteurs. Aussi l'encadrement permet d'accompagner en termes de conseils, les producteurs dans leurs champs. Fondamentalement, nous voulons insister cette année, sur les organisations paysannes parce qu'il y a un partage de rôle. L'Etat s'engage sur des ressources importantes pour fournir un appui en matériel, en engrais, en semences, en accompagnement aux producteurs ; et une fois que le produit est formé, il devient la richesse des producteurs et l'Etat les accompagne à valoriser ce produit aux meilleurs prix pour pouvoir recommencer le cycle. Ce sont ces conditions très avantageuses qui ont été convenues lors du deuxième Forum National du Paysan Togolais (FNPT) à Kpalimé entre le Chef de l'Etat et les producteurs.

Permettez de mettre l'accent sur un élément important, dans la stratégie qui a été renouvelée. Nous faisons un apport en crédit, en nature aux producteurs, notamment sur les engrais, sur les semences et tant soit peu sur le labour mais à condition que le paysan ait été sélectionné comme un bon producteur qui peut valoriser cet appui et mieux produire. Concomitamment à ce programme, nous avons des programmes que nous gérons avec d'autres financements  de la FAO et l'Union Européenne qui apportent un appui en  semence et en engrais aux paysans défavorisés qui n'ont pas les moyens de s'acheter des sacs d'engrais mais qui ont besoin tout juste d'une petite quantité pour assurer leur auto alimentation.

Qu'en est-il aujourd'hui de la mécanisation de l'agriculture togolaise ?

Voilà un des éléments que nous traitons pour qu'il intègre d'une façon cohérente le système d'exploitation des togolais. Nous savons aujourd'hui que la plupart des producteurs utilisent des outils aratoires (la houe, le coupe-coupe), ce qui ne permet pas d'emblaver beaucoup, ni de gagner de temps pour capitaliser les pluies qui deviennent de plus en plus irrégulières et aussi peu abondantes. C'est pourquoi la mécanisation est introduite maintenant sous la forme de prestation de service à des prix subventionnés, mais tout est réfléchi dans les perspectives à court terme, notamment dans le Programme National d'Investissement Agricole (PNIA) pour que les paysans et des groupements constitués d'un certain niveau technique puissent s'équiper eux-mêmes en matériels avec les mesures d'accompagnement possibles de façon qu'il y ait une large diffusion de la mécanisation. Mais en amont, il faut aussi d'autres mesures de préparation des sols pour que les tracteurs puissent facilement faire leur travail, c'est pourquoi, nous avons dans notre programme, des zones aménagées qui sont en cours pour arriver finalement à proposer un format supérieur aux producteurs qui allient le défrichement, la mécanisation agricole, l'amélioration de la productivité par l'utilisation des intrants tels qu'ils sont rendus aujourd'hui disponibles par l'Etat.

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