Kolani Gourdigou : «100 milliards de francs CFA seront investis dans les infrastructures rurales»

Publié le par ABOU Hibana

 

M. Kolani Gourdigou, Ministre délégué auprès du Ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, chargé des Infrastructures RuralesLe gouvernement togolais, conscient des conditions de vie et de travail du monde paysan, a créé, en plus du Ministère de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, un département spécial qui se charge aujourd'hui des Infrastructures rurales. Les ambitions de ce nouveu Ministère piloté par M. Kolani Gourdigou sont multiformes. D'abord, lutter contre la pénibilité du travail agricole et contribuer au désenclavement des localités même les plus reculées de nos diffrérentes régions et préfectures. Dans un entretien accordé à la rédaction de presidencetogo.tg, le Ministre délégué auprès du Ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche, chargé des Infrastructures rurales, M. Kolani Gourdigou, s'explique sur l'importance de ce Ministère ainsi que les actions enclenchées pour atteindre les objectifs escomptés par l'Exécutif, pour ce quinquennat 2010-2015 placé sous le signe de la prospérité économique.

presidencetogo.tg : Monsieur le Ministre, quelle est l'importance des infrastructures rurales pour un pays, notamment le Togo ?

Kolani Gourdigou : Comme vous le savez, le secteur agricole occupe une place prépondérante dans l'économie togolaise pusqu'il représente près de 40% du Produit Intérieur Brut (PIB), depuis 1995 et fait vivre plus de deux tiers des togolais. Il est évident que cette performance ne pourrait être atteinte sans les infrastructures rurales qui facilitent l'accès aux zones à fort potentiel agricole pour la plupart enclavées. Ces pistes contribuent d'ailleurs à une production continue, à la valorisation et à la commercialisation des produits agricoles.

C'est pourquoi les autorités togolaises et au plus haut niveau, le Chef de l'Etat, Son Excellence M. Faure Essozimna Gnassingbé,  à qui je rends d'ailleurs un homage mérité pour toutes les orientations et le soutien qu'il ne cesse d'apporter au secteur, ces autorités disais-je donc qui, conscientes de l'importance des infrastructures rurales dans le processus de développement de notre pays, ont vu juste et jugé utile de créer un Ministère délégué pour s'en occuper exclusivement. En effet, en contribuant majoritairement à l'éclosion du développment agricole et donc à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté, les infrastrucres permettent de rendre visibles, les efforts de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Les pistes rurales par exemple, contribuent à la création des richesses en termes d'augmentation de la valeur ajoutée sur les produits agricoles, de la collecte et de l'acheminement des produits de rente, de la désserte des marchés ainsi que l'accès aux services de base. Elles jouent donc un rôle absolument essentiel dans la vie des communautés rurales, en particulier dans le développement de l'activité agricole à travers :

  • le désenclavement
  • la collecte des produits et l'approvisionnement des marchés
  • la réduction des pertes post récolte
  • la facilitation de l'accès aux agents d'encadrement, ce qui favorisera l'augmentation de la productivité
  • l'amélioration de l'environnement et des conditions de vie favorisant ainsi le retour des jeunes à la terre
  • le renforcement des liaisons humaines et sociales à travers les échanges culturels, sociaux, politiques et administratifs, facteurs de développement.

En ce qui concernes les aménagements hydro agricoles, ils permettent de :

  • pallier les insuffisances et les mauvaises répartitions des précipitations par la maîtrise de l'eau
  • intensifier l'agriculture et accroître les rendements
  • diversifier les cultures et étaler les calendriers culturaux
  • mieux gérer les ressources naturelles que sont la terre et l'eau.

Par ailleurs, les infrastructures annexes ou ouvrages d'accompagnement notamment les bâtiments de stockage, les points d'eau améliorés, les marchés ruraux ...facilitent la gestion de la production agricole et contribuent à l'amélioration des conditions de vie des producteurs. Il faudra souligner que les équipements ruraux participent pour beaucoup à l'augmentation de la productivité agricole par la réduction de la pénibilité du travail et la valorisation des producteurs.

presidencetogo.tg : Pendant les 5 dernières années, le gouvernement avait prévu la construction de 50 km de pistes rurales dans chaque préfecture. Pouvez-vous nous faire un bilan de ce projet ?

Kolani Gourdigou : Dans le cadre du programme intérimaire des actions prioritaires en matière d'infrastructures routières, le projet de 50 km de pistes rurales par préfecture initié par le gouvernement a été lancé le 12 juin 2009. Ce projet bien que n'étant pas encore bouclé, a permis de remettre en bon état de service, certains tronçons de pistes rurales qui n'ont jamais connu de telles interventions et de désenclaver plusieurs localités à la grande satisfactions des populations bénéficiaires. Malgré les difficultés rencontrées, il faut noter que ce projet a soulagé les peines des populations bénéficiaires par le désenclavement de plusieurs localités à fort potentiel agricole et la facilitation de la mobilté des personnes et des produits agricoles des zones de production vers les centres de consommation.

A terme, cet ambiteux projet du gouvernement togolais entièrement financé par le budget d'investissement et d'équipement, gestion 2009-2010 pour un coût global de près de 18 milliards de F CFA aura permis la réhabilitation de 50 km de pistes rurales par préfecture à travers :

  • la construction de près de 600 ouvrages d'arts mineurs de type dalot ou ponceau
  • le rechargement systématique des pistes.

A ce jour, le taux d'avancement global est à plus de 75%. La presque totalité des entreprises ont livré la première tranche de 25 km et les réceptions provisoires ont été prononcées. La deuxième tranche est en cours d'exécution.

14 entreprises sur 30 ont  achevé totalement leurs travaux (sous réserves de corrections mineures recommandées lors de notre visite sur le terrain) ; 15 autres entreprises sont à 50% d'exécution des travaux. Il est à noter qu'une entreprise sur les trente reste malheureusement en dessous de 50%. Le montant engagé dépasse déjà 10 milliards de francs CFA. Il faut cependant souligner que la mise en œuvre dudit projet a souffert de deux difficultés majeures, notamment les pluies diluviennent de l'année passée qui ont fortement perturbé les travaux. Ainsi pour garantir la qualité des travaux, l'administration du projet a été obligée de suspendre les travaux dans certaines préfectures pendant la saison des pluies de l'année dernière. L'autre difficulté, est le retard accusé par les entreprises dû entre autre à l'insuffisance du parc engins sur le territoire national et aux procédures de décaissement relativement longues.

presidencetogo.tg : quel est votre programme d'activités pour l'amélioration des infrastructures rurales dans notre pays au cours de ce nouveau quinquennat ?

Kolani Gourdigou : L'atteinte de la sécurité alimentaire et de la croissance économique suppose que :

  • la production soit affranchie des aléas climatiques par la maîtrise de l'eau
  • la circulation des personnes et des biens, notamment des produits agricoles, ne souffre d'aucune entrave en milieu rural.
  • les produits agricoles et artisanaux soient mieux valorisés
  • le travail des ruraux soit moins pénible et plus productif.

Un accent particulier sera donc accordé à chacun de ces aspects durant ce nouveau quinquennat.

presidencetogo.tg : Que peut espérer le monde rural de la part de votre département à court, moyen et long termes ?

Kolani Gourdigou : Rappelons que sur le potentiel d'irrigation évalué à 180.000 hectares, les surfaces cultivées sous irrigation occupent aujourd'hui moins de 1%. Les actions de notre département porteront sur la réhabiniltation des anciens périmètres irrigués et l'aménagement de nouveaux périmètres, la construction des ouvrages de désenclavement et d'accompgnement.

Ainsi, en matière de la maîtrise de d'eau, les aménagements, seront réhabilités, la gestion et l'entretien de ces aménagements seront transférés à des groupements d'agriculteurs, lesquels pourront sous-traiter certaines activités comme le pompage à des opérateurs privés comme cela se fait pour la gestion de l'eau potable.

Dans ce sens, le projet d'aménagement hydro agricole de la basse vallée du Mono et celui d'aménagement des terres agricoles dans la zone de Mission Tové (PARTAM) actuellement en cours d'exécution seront accélérés. La création des zones d'aménagement agricole planifié (ZAAP) pour appuyer chaque année 250 jeunes soit 50 par région, à s'installer dans le domaine agricole se poursuivra.

De nouveaux projets de grande envergure tels que le projet de développement rural intégré de la plaine de Mô, le projet d'appui à la riziculture des bas fonds de la Kara, les projets d'aménagement des terres agricoles de Djagblé et de la plaine de l'Oti, le projet de création des pôles d'entreprises agricoles, pour ne citer que ceux-là, débuteront entre 2011 et 2012 sur toute l'étendue du territoire.

Le projet d'appui au développment agricole au Togo (PADAT) et le projet d'appui au secteur agricole (PASA) respectivement financés par l'alliance FIDA-BOAD-BIDC-BAD et la Banque Mondilae, ont aussi accordé une place de choix aux infrastrucres et aux équipements ruraux. Ces deux grands projets qui constituent des preuves tangibles de la mise en œuvre du Programme National d'Investissement Agricole et de Sécurité Alimentaire (PNIASA), démarreront aussi en 2011.

En ce qui concerne les pistes rurales, le principal objectif est d'augementer la longueur des pistes rurales pour atteindre à terme un ratio de 1,5 kilomètre pour 1000 habitants. Ceci nous permettra de désenclaver de nombreuses zones à fort potentiel agricole.

D'ores et déjà, les acteurs du projet de 50 km de pistes rurales par préfecture, surtout les finances, font de gros efforts pour le bouclage de celui-ci et le gouvernement pense déjà à leur entretien. Mieux, ce projet pourra être reconduit pour l'excercice 2011 à  raison de 30 km de pistes rurales par préfecture.

Dans le domaine des infrastructures d'accompagnement, des marchés ruraux seront construits afin de permettre de meilleurs échanges commerciaux ; des magasins ruraux dont certains pour la fumigation seront construits pour gérer les récoltes, les semences améliorées et les stocks d'intrants agricoles ; les 160 tracteurs agricoles et les 30 motoculteurs entièrement équipés et déployés sur l'ensemble du terrioire national seront maintenus et un effort sera fait pour augmenter leur nombre.

Cette politique de la mécanisation agricole se poursuivra avec une ouverture sur le partenariat Etat-producteurs privés ou organisations paysannes. Des reqêtes sont actuellement adressées au Japon et à la Libye pour renforcer les ressources internes allouées à cette ligne budgétaire du BIE 2011.

En définitive, plus de 100 milliards de francs CFA dont 75 déjà mobilisés seront investis dans les trois ans à venir dans les infrastructures rurales. Le département est en négociation avec les partenaires techniques et financiers afin  de mobliser les fonds et l'expertise nécessaires pour accompagner  les efforts du gouvernement dans l'atteinte  de l'objectif de 6% de croissance agricole que l'Etat togolais s'est fixé dans le cadre du Programme National d'Investissement et de Sécurité Alimentaire (PNIASA).

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