La CVJR sur la bonne voie : 18 571 dépositions enregistrées

Publié le par Administrateur

 

 

Les évaluations faites par les Nations Unies indiquent  que les « Commissions Vérité qui ont précédé la nôtre ont recueilli généralement une moyenne de 7 000 à 20 000 témoignages ou dépositions », a déclaré Mgr Barrigah-Bénissan.

La prorogation du temps des dépositions a donc permis à la CVJR d'enregistrer un succès spectaculaire à cette phase. A la fin du mois de novembre prévue pour la fin de l'opération, en effet, l'affluence des populations a obligé à prolonger le délai de trois semaines. « Nous estimons que le résultat obtenu est largement positif par rapport aux prévisions initiales faites par la CVJR. Commencées timidement en août, les dépositions ont connu une augmentation croissante en septembre et en octobre pour atteindre le pic en novembre. C'est ce qui explique la grande affluence au cours de ces dernières semaines », s'est-il félicité.

La phase des dépositions est consacrée au recueil, au traitement et à l'analyse des témoignages des victimes et des témoins des abus politiques et des violations des droits de l'homme commis au Togo entre 1958 et 2005, afin d'établir un état des lieux circonstancié sur la nature, l'étendue et les causes des actes de violence à caractère politique commis par le passé au Togo et reconstituer le contexte dans lequel ces violences se sont produites.

Une bonne partie des témoignages recueillis porte sur les événements suivants :

  • la répression des populations pendant la période de l'indépendance
  • les violences autour de la période de démocratisation du Togo
  • l'affaire de la lagune de Lomé
  • les affrontements et exactions subies par les populations après l'élection présidentielle de 2005
  • les déplacements de populations, en particulier celles du Nord déplacées du Sud du Pays, les problèmes de la faune.

« S'agissant de l'identité des déposants, les dossiers déjà dépouillés montrent clairement qu'il y a beaucoup plus de victimes que de témoins et d'auteurs présumés. A l'étape actuelle de nos travaux, il serait sans doute hasardeux d'avancer des chiffres fiables de ces catégories, étant donné qu'une étude de toutes les fiches de dépositions n'a pas encore été faite. Cependant, il est possible d'estimer les victimes à environ 80%, les témoins à environ 19% et les auteurs présumés à près d'1 % » a précisé Mgr Barrigah-Bénissan.

Voici la déclaration de Monseigneur Barrigah-Bénissan, Président de la CVJR

 

Conférence de presse du 22 décembre 2010

Thème : «Agenda de la CVJR : bilan des dépositions et enjeux des phases opérationnelles à venir»

Déclaration liminaire (par le président de la CVJR, Mgr Nicodème Barrigah-Benissan) 

Mesdames, Messieurs,

Chers invités,

Chers amis de la Presse,

Nous vous avons invités ce jour mercredi 22 décembre 2010 pour vous faire le point sur l'agenda de la CVJR. Mon propos portera notamment sur le bilan des dépositions ainsi que sur les enjeux des phases opérationnelles des investigations et des audiences. Mais avant d'aller plus loin, permettez-moi, au nom de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), de vous renouveler toute notre gratitude. D'abord pour avoir accepté notre invitation à cette conférence de presse.

Ensuite pour votre constante disponibilité à appuyer et à accompagner la CVJR dans sa difficile mission de rechercher les voies et les moyens susceptibles d'apaiser les cœurs meurtris et de favoriser la Réconciliation. Je tiens à dire sincèrement merci aux médias, car sans leur impact dans le relai de nos activités, nos efforts n'auraient pas connu le couronnement dont je vais vous entretenir. C'est dire que le bilan globalement satisfaisant que je vais faire des dépositions est aussi un peu le vôtre.

La phase des dépositions est consacrée au recueil, au traitement et à l'analyse des témoignages des victimes et des témoins des abus politiques et des violations des droits de l'homme commis au Togo entre 1958 et 2005, afin d'établir un état des lieux circonstancié sur la nature, l'étendue et les causes des actes de violence à caractère politique commis par le passé au Togo et reconstituer le contexte dans lequel ces violences se sont produites. Je voudrais préciser que c'est la première fois qu'une Commission a décidé de recueillir les témoignages en stratégie avancée, par le mode de l'entretien administré sur la base d'un questionnaire.

A la date du 17 décembre 2010, nous avons recueilli exactement 18 571 dépositions. Les évaluations faites par les Nations Unies nous apprennent que les Commissions Vérité qui ont précédé la nôtre ont recueilli généralement une moyenne de 7 000 à 20 000 témoignages ou dépositions. Dans l'agenda de la CVJR, la phase des dépositions était prévue pour durer 4 mois.

Après avoir recruté, formé et déployé les 100 agents dans les bureaux des 8 antennes régionales ouvertes à Aného, Tsévié, Kpalimé, Atakpamé, Sokodé, Kara, Dapaong et au siège de la CVJR à Lomé pour Lomé Commune, nous avons commencé à recueillir les dépositions au début du mois d'août 2010. A la vérité, je dois avouer que le démarrage fut timide pour plusieurs raisons dont j'ai retenu les aléas climatiques, les tensions sociopolitiques et la méfiance des populations à l'égard de notre déploiement. Franchement, les populations désireuses de venir faire des dépositions avaient quelques appréhensions quant au déroulement de l'opération, à la confidentialité, aux mesures de sécurité... Avec le temps, les appréhensions se sont progressivement dissipées et la confiance est revenue, certainement à cause de la campagne de sensibilisation d'abord mise en œuvre avec la contribution des OSC et qui s'est intensifiée à travers les médias, l'affichage grand public, le site web et notre ligne verte constamment sollicitée et qui affiche 3.697 appels à la date du 16 décembre.

A la fin du mois de novembre prévue pour la fin de l'opération, l'affluence des populations nous a obligés à prolonger le délai de trois semaines. Vous comprenez maintenant pourquoi au début de ma déclaration, le ton était empreint de satisfaction. Mais je le répète, c'est à vous, chers amis des médias, que la CVJR doit cette performance. C'est aussi grâce aux chefs traditionnels, religieux et autres leaders d'opinions, aux établissements scolaires qui ont accepté de relayer les informations relatives au programme de passage des équipes mobiles dans les cantons dans toutes les préfectures. Cette réussite, nous la devons aussi aux 8 chefs d'antennes et à leurs assistants, aux 90 agents mobiles, et à l'appui de nos partenaires techniques et financiers dont le HCDH, le PNUD, la Francophonie, l'UE et le gouvernement togolais, sans oublier les bonnes volontés.

 

Mesdames, Messieurs,

Chers invités,

Chers amis de la Presse,

Fidèle au contrat de transparence que j'ai signé avec vous, je voudrais vous communiquer, à présent, quelques informations concernant les dépositions. Un classement par antennes régionales donne le résultat suivant : Atakpamé 4.396 dépositions, Kara 3.915 dépositions, Dapaong 3.205 dépositions, Sokodé 2.677 dépositions, Lomé Commune 1.527 dépositions, Kpalimé 1.115 dépositions, Aného 904 dépositions et Tsévié 832 dépositions. La disproportion entre les régions saute aux yeux. Pour notre part, nous pensons que la forte affluence dans certaines régions et la faible participation dans d'autres s'expliquent par l'impact des partis politiques sur leurs militants, la sensibilisation opérée par des associations, l'implication personnelle ou non des autorités locales, les attentes des populations en matière de réparation et, de manière plus générale, par la confiance placée en notre Commission.

Nous estimons cependant que le résultat obtenu est largement positif par rapport aux prévisions initiales faites par la CVJR. Commencées timidement en août, les dépositions ont connu une augmentation croissante en septembre et en octobre pour atteindre le pic en novembre. C'est ce qui explique la grande affluence au cours de ces dernières semaines.

Par rapport au contenu des dépositions, il nous a été donné de constater qu'une bonne partie des témoignages recueillis porte sur les événements suivants : la répression des populations pendant la période de l'indépendance, les violences autour de la période de démocratisation du Togo, l'affaire de la lagune de Lomé, les affrontements et exactions subies par les populations après l'élection présidentielle de 2005, les déplacements de populations, en particulier celles du Nord déplacées du Sud du Pays, les problèmes de la faune.

S'agissant de l'identité des déposants, les dossiers déjà dépouillés montrent clairement qu'il y a beaucoup plus de victimes que de témoins et d'auteurs présumés. A l'étape actuelle de nos travaux, il serait sans doute hasardeux d'avancer des chiffres fiables de ces catégories, étant donné qu'une étude de toutes les fiches de dépositions n'a pas encore été faite. Cependant, il est possible d'estimer les victimes à environ 80%, les témoins à environ 19% et les auteurs présumés à près d'1 %. Ce dernier chiffre est bien faible, reconnaissons-le. De même, les dépositions reçues par voie électronique sont peu nombreuses : seulement 27 dossiers ont été enregistrés à la date du 18 décembre, dont 18 dépositions de victimes et 9 de témoins.

 

Mesdames, Messieurs,

Chers invités,

Chers amis de la Presse,

Je voudrais maintenant, évoquer les difficultés majeures que nous avons dû surmonter au cours de cette phase des dépositions. La première, vous la devinez aisément, est relative à la participation des populations. La persistance de la tension politique et les séquelles liées aux développements historiques récents du Togo ont contribué à alimenter la méfiance vis-à-vis de la CVJR.

Cependant avec le démarrage de notre campagne de sensibilisation en stratégie avancée avec les OSC et dans les médias, la méfiance s'est résorbée. Ensuite il y a le problème de la mobilisation des ressources financières qui ne sont pas toujours à la hauteur de nos attentes. Mais ici aussi avec l'engagement de l'UE aux cotés des autres Partenaires Techniques et Financiers, nous pensons pouvoir mettre en œuvre notre agenda.

Par ailleurs, il y a eu la problématique de la protection des témoins et des victimes. Depuis le 19 novembre 2010, date de clôture de l'atelier consacré à cette question, je puis vous dire que la CVJR, tirant leçon des faiblesses notées pendant les dépositions et des expériences des commissions homologues du Ghana et du Liberia, a consolidé son programme de protection qui prend en compte non seulement les témoins, les victimes, les auteurs présumés, mais aussi les données collectées en cours de traitement. Comme vous le voyez, la tâche n'est pas de tout repos. Mais nous sommes déterminés à faire notre part, à accomplir pleinement notre mission. Et pour réaffirmer notre  détermination, j'ai pris l'habitude de citer un extrait du roman L'Alchimiste dans lequel Paulo Coelho nous dit ceci : «Quand on ne peut revenir en arrière, on ne doit se préoccuper que de la meilleure façon d'aller de l'avant».

 

Chers amis de la Presse,

Les dépositions étant volontaires et confidentielles, il peut arriver que des acteurs clés de notre histoire nationale, pour diverses raisons, décident de ne pas les faire. Voilà pourquoi, en complément des dossiers déjà reçus, la Commission a décidé de s'adresser directement à une centaine d'acteurs de notre histoire nationale, en qualité de « grands témoins » pour solliciter leur version des événements majeurs qu'a traversés notre pays. Ainsi, sur la base d'une fiche spéciale conçue à cet effet, ces personnalités sont invitées à relater les faits dont ils ont été témoins, acteurs ou victimes afin d'éclairer les travaux de la Commission.

Les fiches de déposition une fois centralisées, seront traitées avec attention. Certaines au cas par cas, d'autres par regroupement de faits, de périodes, d'événements, d'auteurs présumés, de victimes, ainsi de suite. Après le dépouillement, nous procéderons à la constitution d'une base de données dont la gestion automatisée est sous protocole sécurisé et permettra non seulement de centraliser toutes les données, mais aussi d'avoir de nombreuses perspectives dans l'analyse des données. C'est après ce travail que viendront les phases des investigations et des audiences.

Les investigations consistent à vérifier la pertinence et la vérité des données recueillies lors des dépositions : c'est une phase d'enquête très importante qui sera conduite par une équipe pluridisciplinaire d'experts ; la validité de notre mission dépend pour une bonne part de la qualité de ces travaux. Nous envisageons aussi, après les investigations de procéder à des audiences publiques ou à huis clos pour les cas les plus emblématiques dont les protagonistes auront marqué leur accord : ces séances de confrontations, nous permettront, je l'espère, de faire notre catharsis et de préparer nos cœurs au pardon demandé, donné et reçu, qui est le seul gage de la Réconciliation avec le changement des mentalités.

C'est après ces deux phases que la CVJR s'attèlera à faire au gouvernement les propositions de mesures à prendre pour la réparation des préjudices subis par les victimes et des recommandations portant sur le sort à réserver aux auteurs des violations des droits de l'homme les plus graves, les mesures à prendre pour éviter la répétition de ces actes de violences ainsi que les initiatives à prendre pour lutter contre l'impunité et renforcer la réconciliation nationale.

Je voudrais pour finir évoquer la question des réparations. Nombre de nos compatriotes pensent que dès que la CVJR aura terminé ses travaux, il y aura beaucoup de milliards qui vont être distribués à ceux qui ont fait des dépositions ; je ne voudrais pas décevoir les attentes, mais je tiens à dire que dans le cadre de la justice transitionnelle, il n'y a pas que les réparations individuelles... même en Afrique du Sud, même dans les pays qui disposent des moyens, au Maroc par exemple, les réparations individuelles n'ont pas été seulement financières. Et si le Togo fait cette option, à combien peut-on payer un viol ou un père de famille disparu ? A combien peut-on payer une famille disloquée dont les descendants après la détresse de la douleur vivent dans la peur des incertitudes du lendemain ?

En terminant mes propos, permettez que je réponde en quelques mots à cette question embarrassante que tant de personnes me posent avec un mélange de scepticisme et d'espoir : la réconciliation est-elle vraiment possible au Togo ? Oui, elle est bien possible, à condition que les uns et les autres s'engagent dans ce processus avec sincérité en demandant pardon et en l'accordant, car chaque silence brisé, chaque rancœur dépassée, chaque regret exprimé, chaque attitude changée est une victoire pour la réconciliation.

Je prie pour que les Togolais puissent se donner la main pour le pardon demandé, pour le pardon accordé, pour le pardon accepté et reçu afin que malgré le passé qui nous a divisés, nous puissions œuvrer pour la pacification des cœurs, le pardon et laréconciliation.

Je vous remercie

Le Président de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation Mgr Barrigah-Bénissan Nicodème
La Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR),  a annoncé les conclusions de la première étape de sa mission c'est-à-dire celle des dépositions. A la date du 17 décembre 2010, 18 571 dépositions ont été enregistrées, a annoncé Mgr Barrigah-Bénissan, Président de la CVJR en conférence de presse ce 22 décembre à Lomé. « Le classement par antennes régionales donne le résultat suivant : Atakpamé 4.396 dépositions, Kara 3.915 dépositions, Dapaong 3.205 dépositions, Sokodé 2.677 dépositions, Lomé Commune 1.527 dépositions, Kpalimé 1.115 dépositions, Aného 904 dépositions et Tsévié 832 dépositions », a précisé le Prélat.

Commenter cet article