Le marché du sexe, le marché de la prostitution: l’économie libidinale est en plein boom

Publié le par hibanos2002.over-blog.com

Masturbation, fellation, orgasme, prostitution…, le sexe n’échappe pas au regard des économistes, experts dans le calcul des peines et des plaisirs…

À priori, le sexe n’est pas le domaine privilégié d’investigation pour économiste, du moins jusqu’à aujourd’hui. Car depuis quelque temps, les théoriciens de l’offre et de la demande s’y sont mis. C’est même devenu un domaine de recherche à part entière. Au dernier congrès de la puissante Association américaine d’économie (AEA), tenu en janvier 2008, une session entière était consacrée au «marché du sexe». Steven Levitt, l’une des figures de la nouvelle économie de la vie quotidienne, y a notamment présenté une étude empirique très remarquée sur le marché de la prostitution.

L’économie du sexe est en plein boom. Tout y passe: prostitution, mais aussi masturbation, fellation, infidélité et même simulation de l’orgasme… Voyons plutôt!

 

Prostitution et fidélité

Dans More Sex Is Safer Sex (Free Press, 2007), Steven E. Landsburg, de l’université de Rochester, soutient cette thèse paradoxale. Si les femmes fidèles l’étaient un peu moins, cela pourrait limiter la progression du sida! Modèle à l’appui, il en fait la démonstration suivante. Dans un pays où les femmes sont fidèles, les hommes sont plus enclins à fréquenter les prostituées. Et les prostituées sont parmi les principaux agents de transmission de la maladie. Tandis que si les femmes fidèles l’étaient un peu moins, par exemple en ayant une seule aventure extraconjugale, les hommes n’auraient que deux partenaires (leur femme et leur maîtresse); la maladie aurait alors beaucoup moins de chances de se diffuser. Voilà en tout cas ce que disent les modèles des réseaux. Pure invention d’économistes, reposant sur des hypothèses douteuses? Et pourtant, le pays dont parle S. Landsburg existe. C’est la Thaïlande. Dans un livre récent, The Wisdom of Whores (Norton & Co, 2008), Elizabeth Pisani montre que le modèle thaïlandais, qui a évolué après 1990, correspond au schéma de S. Landsburg: les femmes se sont libérées, sont moins fidèles et la fréquentation des prostituées a baissé. Et avec elle la propagation du sida.

 

Masturbation et fellation

Tim Harford fait partie de cette génération qui utilise le sexe pour tester la robustesse des théories du choix rationnel (TCR) appliquées à la vie quotidienne. Dans son livre,The Logic of Life (Random House, 2008), il se demande pourquoi la pratique de la fellation s’est développée chez les jeunes Américains durant les années 1990. Réponse: alors que les messages sur le sida jouaient à plein, la fellation était une façon de pratiquer le sexe en limitant les risques. Même dans les «love affairs», la raison tient son rôle.

C’est justement le genre de conclusions que conteste Dan Ariely, l’un des représentants de l’économie comportementale (EC). Pour lui, dans les moments aussi «chauds» que l’acte sexuel, la raison et le contrôle de soi ont peu de poids. Et il le prouve, expérimentation à l’appui. Il a demandé à des étudiants de répondre à un questionnaire pour savoir s’ils accepteraient d’avoir des relations sexuelles avec un nouveau partenaire sans protection, de coucher avec une personne obèse, âgée de plus de 60 ans, etc. Puis il a demandé à un autre groupe de répondre au questionnaire… en se masturbant de l’autre main. En état d’excitation, les réponses changent alors du tout au tout: et les barrières s’effondrent… Autant dire que le désir intense et l’excitation font tomber nos résistances. Cela vaut aussi pour les achats impulsifs ou la difficulté à suivre un régime.

 

Simuler le plaisir

Hugo M. Mialon, jeune chercheur de l’université Emory (Atlanta), s’est, lui, penché sur le délicat problème de la simulation de l’orgasme. Dans un article de juin 2008, «The economics of ecstasy», il a construit un modèle économique sophistiqué de la relation sexuelle. Sachant que dans une relation digne de ce nom, chacun cherche à se faire plaisir tout en donnant du plaisir à l’autre et que la relation amoureuse comporte à la fois une dose d’altruisme et de possessivité, alors l’amour véritable suppose une probabilité accrue de simuler. Ses équations le disent: quand on veut faire plaisir à son partenaire et le garder, cela pousse plus souvent à feindre l’extase…

Le modèle prédit même que le fait de simuler le plaisir augmente avec l’âge et le niveau d’éducation. Ces prédictions sont cohérentes avec les données issues de «l’Orgasm Survey» de 2000. Modèle et données empiriques convergent donc.

Cette économie libidinale, dira-t-on, manque pour le moins de romantisme. Mais, rétorquent les économistes, le fait d’étudier le marché de l’art n’enlève en rien la beauté d’une peinture d’Édouard Manet ou de Paul Gauguin. Étudier les petits stratagèmes, calculs et marchandages amoureux n’enlève rien à leur charme.

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