Relance agricole : le Togo veut s'inspirer de la réussite malawite

Publié le par ABOU Hibana


Kossi Messan Ewovor, Ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche
Le gouvernement togolais sous l'égide du Président de la République, Son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé, accorde une place prépondérante au développement agricole. Les autorités togolaises veulent ainsi assurer la sécurité alimentaire mais aussi contribuer à la réduction de la pauvreté  et à l'amélioration des conditions de vie des populations. Dans cet élan de développement du secteur agricole, le gouvernement veut s'inspirer des meilleurs exemples en la matière sur le continent. C'est ainsi que le Président de la République a dépêché au Malawi, du 25 au 30 juillet 2010, une mission interministérielle composée des départements en charge de l'Agriculture, du Commerce, de l'Economie et des Finances, du Développement à la base et des représentants des organisations paysanes. Kossi Messan Ewovor, Ministre de l'Agriculture, de l'Elevage et de Pêche, revient dans cette interview sur les grands axes de cette mission. Il évoque la contribution des partenaires en développment à l'exécution du Programme National d'Investissement et de Sécurité Alimentaire et se prononce sur l'importance du Forum National du Paysan Togolais dans la relance de l'agricture togolaise.

 

 

Monsieur le Ministre, du 25 au 30 juillet 2010, vous étiez au Malawi pour une mission de travail. De quoi était-il question ?

Ce voyage est une volonté du Chef de l'Etat puisque c'est lui qui a commandé une mission de haut niveau étant entendu qu'au-delà de ma personne, ministre en charge de l'Agriculture, il y avait le ministre du Mommerce, des représentans des ministères des Finances, du Développement à la base, des producteurs et tous les Directeurs de départements concernées au niveau du ministère de l'Agriculture. C'était donc une délégation de 14 personnes qui a fait le déplacement du Malawi pour s'enquérir de l'expérience malawite qui, dans les conférences internationales, dans les réunions, a toujours été cité comme un évènement.  le Chef de l'Etat, Son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé a vu juste en nous demandant d'aller nous inspirer des expériences du Malawi. Ce qu'il fallait voir, c'est comment ils sont passés d'une situation de crise alimentaire où les gens mouraient de faim pratiquement, à une situation de sécurité alimentaire, à un stock de sécurité aujourd'hui stratégique et à un système de commercialisation fluide qui fait la place aux privés et une politique agricole particulière qui fait un clin d'œil aux populations déshéritées, notamment ceux qui souffrent de la faim quand elle s'installe, surtout quand la production n'est pas bonne. Le Malawi est un pays qui est pratiquement le dos du Togo en termes de superficie et en termes de populations, donc à peu de choses près, nous pouvons faire des parallèles entre ce qui se fait là bas et ce qui se fait au Togo.

Après avoir touché du doigt l'expérience du Malawi, comment comptez-vous la mettre en œuvre ici au Togo ?

Les parallèles que nous pouvons faire, c'est que le Togo fait de la subvention importante sur les intrants pour l'ensemble de la population. Au Malawi, la subvention est faite quasiment à 100% à une couche de population déshéritée à qui l'Etat donne des engrais, des semences et du petit matériel gratuitement, et c'est ceux là qui constituent la masse la plus importante, jadis victimes de la famine. Le deuxième volet, c'est l'approvisionnement en intrants ; le Malawi importe près de 400.000 tonnes d'engrais par an. L'Etat dans son programme de sécurité alimentaire en utilise 160.000 pour apporter des subventions quasi totales aux producteurs les plus défavorisés qui sont choisis selon une certaine méthodologie, notamment à travers des forums villageois où les gens sont ciblés selon des critères précis. Aussi le secteur qui est dans la distribution des intrants, s'occupe des autres producteurs qui sont supposés ne pas être défavorisés de même que les grandes exploitations. Le parallèle que nous pouvons encore faire c'est qu'au Malawi, l'Etat constitue des stocks stratégiques de sécurité dans de grands silos et aujourd'hui, ils ont près de 160.000 tonnes de maïs en stocks, les premiers stocks remontent à plus de 5 ans. Ce qui permet au Malawi de s'assurer aujourd'hui de toutes les inconvenues  qui peuvent provenir de sécheresse, de crises alimentaires. Il faut aussi dire qu'il y a le projet d'appui aux producteurs à travers les intrants qui est complété par l'appui à l'élevage, l'appui à la pisciculture et qui intègre une dimension de petite irrigation.

Si nous faisons une comparaison avec notre pays, c'est que chez nous, les deux fonctions de stocks de sécurité et d'alimentation de marché en temps voulu sont faites par l'Agence nationale de sécurité alimentaire (ANAST) alors que chez eux, le stock stratégique n'est pas touché mais utilisé dans des cas bien précis. Au même moment le marché est alimenté par les commerçants, les intervenants privés sur la base d'un prix planché qui est fixé par l'Etat.

Dans la distribution des intrants et surtout du rachat des produits de récolte, il faut noter la présence des structures de l'Etat mais aussi l'intervention de beaucoup de privés puisque comparaison faite avec le Togo, nous notons que le Togo n'a pas encore un système complètement libéralisé alors que dans ces pays anglo-saxons, le système est libéralisé. Ce que nous pouvons noter aussi, c'est que la décentralisation au Togo a commencé mais au Malawi, la décentralisation est très poussée, ce qui permet de responsabiliser  un peu plus les acteurs à la base.

Sur cette base, est ce que l'Etat peut intervenir au Togo pour fixer les prix ?

Je pense qu'il faut  regarder la question en l'adaptant à notre situation et savoir comment définitivement faire comprendre aux consommateurs que le paysan ne peut plus vendre à perte si nous voulons que la production soit importante et que le marché soit alimenté. Ce principe a commencé à être compris par les togolais. Maintenant à quel prix il faut fixer le revenu par tonne ou par sac du producteur ? c'est qu'il faut voir en prenant en compte un certain nombre d'indicateurs, notamment les coûts de production, l'offre et le gain des intervenants en s'insérant dans le circuit d'achat et de production. Nous avons commencé, maintenant les leçons apprises peuvent nous servir à voir quels réajustements faire pour que toutes les parties prenantes qui rentrent dans l'activité soient solidaires et travaillent de façon à ce que chacun y trouve son compte ; mais précaution doit être prise pour que le paysan ne soit pas défavorisé dans ces transactions puisqu'aujourd'hui, les producteurs ne sont pas encore fortement structurés pour défendre leurs intérêts. Un prix indicatif peut être fixé mais il faut que chacun joue son rôle. Il faut que les organisations paysannes s'organisent pour valoriser au mieux leurs produits, il faut que les commerçants et les acteurs privés interviennent pour leurs affaires mais pas au détriment des  producteurs, dans des proportions raisonnables pour que les produits sur les marchés de consommation ne soient pas à des prix hors de portée. Voilà le challenge qui est en train de se faire et qui doit pouvoir s'améliorer en s'inspirant de ce qui se fait au Malawi mais aussi en s'inspirant de ce que nous faisons déjà ici et voir quelle est la situation réelle. Dans tous les cas, travaillons pour que les paysans ne soient pas découragés.

Le Malawi a mis 5 années pour afficher des résultats extraordinaires en matière de sécurité alimentaire. Est-ce que le Togo peut atteindre ce niveau à court terme ?

Le Malawi même s'il a connu des moments difficiles n'as pas connu une crise longue comme le Togo. Avant même la sortie de crise de notre pays, la volonté du Chef de l'Etat et du gouvernement et les actions fortes, engagées en direction du monde paysan, ont permis d'avoir des résultats ! Campagne 2008-2009, un excédent d'environ 40.000 tonnes ; campagne 2009-2010, environ 90.000 tonnes. A la taille du pays et par rapport aux moyens qui ne sont pas encore revenus au top, nous ne pouvons qu'affirmer que nous sommes sur la bonne voie, il faut maintenant rester dans la durée, d'où l'importance des programmes qui sont dans le circuit actuellement en termes de finalisation pour une mise en œuvre rapide en vue de renforcer le programme de relance de la production agricole que le Chef de l'Etat a fait adopter par le gouvernement et qui est piloté par notre département depuis 2008.

Monsieur le Ministre, nous savons que le Programme National d'Investissement agricole est indispensable dans le processus de relance agricole dans notre pays. Est-ce que les partenaires financiers ont effectivement honoré leur engagement pour son réel démarrage ?

Vous savez, nous sommes partis d'une réflexion : c'est comment doter le Togo d'une politique agricole cohérente dans laquelle viendrait se fondre la volonté nationale en termes de détermination, en termes de moyens à mettre en place, d'où la dimension et la valeur ajouté apporté par les 10 % que l'Etat a consacré à l'agriculture grâce à la volonté du Président de la République. Vient ensuite se fondre les appuis que les partenaires peuvent nous apporter. Donc le PNIASA (Programme National d'Investissement Agricole et de Sécurité Alimentaire), qui a été adopté par tous les partenaires en développement est un cadre important. Mais le budget total  pour boucler le financement s'élève à 600 milliards. En temps de situation de sortie de crise, il n'est pas évident d'attendre de boucler ce budget avant de démarrer les travaux. C'est pourquoi, raisonnablement et sur instruction et orientations du Chef de l'Etat et du gouvernement, nous avons pris l'option de découper le Programme National d'Investissement Agricole et de Sécurité Alimentaire  en sous-actions et nous sommes heureux aujourd'hui de confirmer que d'ici la fin de l'année, nous irons à la signature d'une convention ferme avec le FIDA qui est actuellement dans la finalisation du PADAT en partenariat avec la BOAD, la BIDC, la BAD et bien sûr avec l'Etat togolais qui est aussi un grand contributeur de ce programme sous diverses formes. Voilà quelque chose de concret puisque la dernière mission du FIDA était une mission d'évaluation finale, maintenant, nous attendons l'adoption de ce programme au niveau du comité d'administration de cette institution pour résolument l'intégrer dans tout ce qui va être fait  pendant la campagne 2011-2012.

 Quelle est la différence entre le Projet d'Appui au Développement Agricole au Togo (PADAT) et le Projet d'Appui au Secteur Agricole (PASA)?

Le PADAT prend en compte l'appui à l'amélioration de la production de la productivité sur les cultures végétales, fondamentalement des cultures vivrières, l'appui à l'élevage, l'appui surtout à la pisciculture, l'appui institutionnel pour renforcer les capacités des groupements, pour renforcer aussi les capacités du Ministère, mais des questions transversales qu'il faut noter, c'est tout ce qu'il y a comme infrastructures d'accompagnement(pistes, magasins, aires de séchages, petits matériels) pour renforcer les capacités de production  des producteurs mais aussi les rendre capables de pouvoir stocker dans de bonnes conditions et de pouvoir vendre leurs produits à de meilleurs prix en interne ou bien en externe. Voilà un peu ce que le projet PADAT veut faire. Maintenant, le PASA qui est le Projet d'Appui au Secteur Agricole de la Banque Mondiale qui est aussi dans l'Alliance globale, en cours d'élaboration, prendra en compte les volets d'appui à la culture vivrière mais essentiellement dans la production végétale sur les cultures de rente (café-cacao, coton) puisque, ce sont des éléments importants qui viennent compléter le revenu des producteurs et nous savons que la Banque mondiale a dans ses intérêts ces sujets pour accompagner la volonté de l'Etat.  Voilà comment les deux programmes se complètent. Chaque bailleur de fonds nous a déjà donné les intentions de financement claires et nettes.

Aussi un élément important, c'est que grâce à la politique du Chef de l'Etat et des résultats obtenus dans le secteur agricole, notamment l'amélioration de la production et de la productivité avec les financements propres de l'Etat, l'agriculture togolaise a apporté aujourd'hui une croissance de plus de 9 % du Produit Intérieur Brut Agricole. En outre le climat politique nouveau créé par le Chef de l'Etat et le style de management de la vie socio poitique et économique ont permis au Togo de bénéficier d'un financement direct de 39 millions de dollars auprès du Fonds Global pour l'Agriculture et la Sécurité Alimentaire. C'est donc une subvention qui est apportée à l'Etat togolais; elle est intégrée dans la gestion du Programme National d'investissement Agricole et de Sécurité Alimentaire. Je pense que c'est un véraitable succès puisque sur près de 10 pays qui ont pu passer leurs dossiers, le Togo est l'un des pays à obteinr ce financement sur les cinq nations retenues au plan mondial. Nous ne pouvons que nous en féliciter et féliciter les plus hautes autorités, notamment le Chef de l'Etat pour cet environnement nouveau qui permet au pays de se repositionner en tremes d'obtention de financement à l'échelle mondiale.

Sous la houlette du Chef de l'Etat, le gouvernement a institutionnalisé le Forum National du Paysan Togolais (FNPT).  Quel est l'impact de cet évènement sur la productivité nationale ?

Sans détour, je pense que le Forum National des Producteurs Togolais est un élément essentiel qui a permis au Chef de l'Etat d'afficher sa détermination à accompagner les producteurs et qui a permis aux producteurs de reprendre conscience de leur rôle dans l'économie nationale togolaise et de s'approprier les orientations et les décisions retenues au cours de ces Forums là en capialisant l'appui de l'Etat, notamment les engrais qui sont apportés en quantuté et a des prix battant toute concurrence pour que ces intrants soient bien utilisés pour produire les effets. Maintenant tout le chemin reste à faire pour que nous puissions tous les ans bien identifier les problèmes qui n'ont pas pu être réglés les années d'avant et voir quelles sont les déciscions et les engagements mutuels et surtout travailler pour que chacun tienne son engagement pour que les campagnes s'améliorent, la confiance se renforce et la productivité augmente et finalement que le secteur agricole permette à l'homme qui s'y investit et qui y est déjà de se nourrir, d'avoir des revenus sur un marché où il peut être un acteur important et incontournable pour valoriser les produits de tous ordres (vivriers, halieutiques, animales). Voilà ce que le Forum a apporté dans la relance de la production et nous pensons que nous ne sommes qu'au début ; maintenant, il faut rester dans la durée, il faut être sérieux, il faut tenir les engagements.Dans tous les cas, il faut que tous les acteurs tiennent leurs engagements, que ce soient au niveau de notre département ou au niveau des producteurs, et que nous apprenons définitivement à travailler ensemble.

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